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vendredi 8 août 2014

Le bout de la piste


Nous voici donc le 24 juillet sans camping-car, un peu déboussolés sans notre cinquième compagnon dans la grande ville de Buenos Aires.  
Nous passons une première nuit dans un petit hôtel du centre-ville après avoir déposé nos grosses valises chez notre amie Jackie qui nous fait visiter la Recoleta.
Nous profitons de Buenos Aires au mieux, en dégustant nos dernières empanadas, helados et carnes assadas, en visitant la Boca ou la Casa Rosada. 


Nous avons une une pensée particulière à la Praza de Mayo pour les "abuelas".
Ce sont ces femmes qui déambulent sur la place en silence pour protester pacifiquement contre les disparitions de leurs enfants pendant la dictature. 

Au même moment, la leader des "Grand-mères" de la place de Mai retrouve son petit fils 36 ans après sa disparition ! Tout le pays est en émoi et les media ne parlent que de ces retrouvailles familiales.


Comment rebondir pour notre dernière semaine en Amérique du sud sans camping-car ?
Retourner à Valdez pour voir les baleines ?
Faire un stage de tango comme prévu avec Séverine ?


Non, sous l'impulsion de Mahé, l'appel de la neige est le plus fort : ce sera Bariloche !
Nous sommes en plein hiver et la région des lacs côté Argentine est très réputée en cette saison. 
Nous n'avions pas pu traverser cette partie de la Patagonie lors de notre remontée des Andes par le Chili. 
Alors c'est l'occasion, même s'il faut pour cela franchir 1600 kilomètres vers le sud ouest ! Ici les distances sont toutes relatives...
Nous prenons un bus de nuit en direction de San Carlos de Bariloche pour visiter cette ville connue pour sa faune, ses chocolats, ses lacs et sa station de ski. 



Nous avons la chance d'être accueillis toute la semaine chez Cathy.
Elle est inscrite sur le réseau de couchsurfing depuis peu, nous sommes ses premiers hôtes !
Elle vit dans une petite maison dans les bois sur les bords du lac Trebol. 
Nous sommes ravis de nous retrouver en pleine nature, sous les grands arbres Coyhué.
Cathy a construit elle-même sa maison avec l'aide de voisins et d'amis. 
Elle est toute en bois et adobe et nous nous y sentons vraiment bien ! 


Cathy adore cuisiner et apprend aux enfants à faire du pain. Delphée apprend même à tricoter ! Nous passons de jolies soirées dans sa maison toujours animée d'une excellente musique et n'oublierons jamais son hospitalité.


Les prévisions météo annoncent de la neige alors nous ne dormons que d'un oeil pour surprendre le premier flocon. 
Le dimanche 26 juillet au réveil, une belle surprise nous attend : il a neigé pendant une bonne partie de la nuit et tout est blanc : toits, sapins, coihués et même le rebord de notre fenêtre. Le rêve de Mahé se réalise, il est surexcité et réveille toute la maisonnée dès l'aube ! Nous sortons marcher et jouer dans la neige qui tombe toute la journée à gros flocons.


C'est l'occasion de monter au Cerro Catedral et au Cerro Otto faire de la luge et des bonhommes de neige !


Bariloche n'a pas connu de tempête de neige comme celle là depuis longtemps. Nous attendons deux jours pour louer un équipement et partons skier à la station. Quel bonheur, la poudreuse est formidable et les pistes presque désertes ! Le décor des Andes est spectaculaire. 


Le 1er aout, nous louons une voiture et partons pour Villa Angostura puis El Bolson, à 125 kms de Bariloche par la fameuse Ruta 40. 
Malheureusement, il fait un temps exécrable et nous ne pouvons pas profiter pleinement de cette région des lacs. 
Nous sommes accueillis chez William qui lui aussi a construit sa maison en bois et en adobe en périphérie de la ville. 
William a voyagé à travers le monde entier avant de se poser dans cette Patagonie qu'il aime tant. 
Nous partageons nos expériences et nos traversées respectives autour d'une bonne raclette et d'un feu de bois.

Pour revenir del Bolson c'est une autre histoire car la route est coupée par les éboulis de rochers dus aux fortes pluies de ces derniers jours. 
La Patagonie semble vouloir nous retenir. 
Nous tentons un contournement par le ripio del Maiten, mais sans succès, une rivière de boue coupe également cette voie.
Nous devons attendre la fin de journée que la route 40 soit déblayée pour pouvoir passer. 

Voilà cette fois nous le savons, c'est bien le bout de la piste.
Nous savourons nos derniers kilomètres sud-américains en famille : entre El Bolson et Bariloche les bornes kilométriques de la Ruta 40 ressemblent à des dates historiques. 
Nous commentons alors les années qui se sont déjà écoulées, nos dates de naissance, nos voyages, les faits marquants pour notre famille.

Après avoir dépassé le panneau 2014, nous nous amusons à imaginer notre futur, les études des enfants, le travail des parents, nos prochains voyages.
A l'image de cette route de Patagonie qui défile sous nos yeux, nous assistons au déroulement de nos vies, tournant après tournant.
Qui sait ce que l'avenir nous réserve ? 
Vers quelles routes irons nous ?

Oui c'est le bout de la piste, notre bus pour Buenos Aires et notre avion pour la Réunion nous attendent.

Ce voyage au nouveau monde nous aura appris à ressentir le moment présent et à profiter du bonheur d'être ensemble en famille.
Ce continent nous aura montré à quel point la nature de notre planète est somptueuse et époustouflante.
A quel point les humains qui y vivent sont dans leur grande majorité bienveillants et attachants, à l'image de nos derniers couchs à Buenos Aires, Nancy et Sergio.

Merci à tous ceux qui nous ont aidé à réaliser notre projet ! 
Nous n'oublierons pas leurs pensées gravées sur les murs de Rio ou de Punta Arenas :
"A melhor maneira de realizar seus sonhos, é de nunca desistir deles" 
"Cuidado con los miedos, les encantan robar sus suenos"

vendredi 14 mars 2014

Mutinerie au Fitz Roy


Le 2 mars nous poussons plus au nord par la Ruta 40 puis par la 23 jusqu'à El Chalten, "capital nacional del trekking argentino".
Depuis les émotions fortes du glacier, de la terre de feu et de la Patagonie, nous ressentons tous un passage à vide lors de cette étape.
Pourtant les paysages sont sublimes, mais après plus de 2 mois de voyage et de vie commune 24H sur 24H, une lassitude nous prend !
Séverine en a marre de cette promiscuité et a besoin de sa bulle !
Les enfants, dans une mutinerie contre le capitaine menée par Delphée, décident de ne plus vouloir manger avec les parents et rêvent de se construire une cabane dans les rochers. Ils bourrent leurs sacs de provisions, de peluches et d'équipement de survie et nous demandent de les laisser tranquilles !
Quant à Renaud, énervé par les pistes de cailloux toutes en tôle ondulée et en nids de poule, il décide unilatéralement de faire son trekking seul, en montagne.

L'article du blog en commun s'arrête donc là, chacun racontera son histoire à la première personne, voilà !

Séverine :
ENFIN seule ! La vie de famille dans un endroit si confiné commence à être pesante : aucune intimité, aucune vie privée, ras-le-bol !!! Je n'ai pas trop envie de faire cette marche, mais il fait beau alors je suis le mouvement en trainant des pieds... Le village El Chalten est peuplé de randonneurs bohèmes, européens pour la plupart. Ils ont tous de gros sacs à dos, un bâton de pèlerin et l'air extatique.



Ce sont des hippies passionnés de trekking, je ne me sens pas du tout dans mon élément ! 
J'ai bien l'intention de laisser filer la petite famille et de rester toute seule quelques heures. 
Les enfants ont eu la géniale idée de se préparer un baluchon, je serai donc libérée de la corvée des sandwichs (marre de jouer à la mère nourricière tous les jours !).
Je les laisse vivre leur aventure dans leur cabane pendant que Reno se prend pour Kilian Jornet en tee-shirt fluo jaune. 
Il part à l'assaut des montagnes sans nourriture, sans casquette et sans bouteille d'eau, quelle inconscience ! 

Tant pis pour lui, je suis ENFIN esseulée, seule et solitaire, une forteresse de solitude au pied du Fitz Roy ! Je me suis trouvée une aire engazonnée où m'étendre et je grignote en égoïste le paquet entier de biscuits salés aux céréales dont je raffole. Le soleil me chauffe doucement et le clapotis de la rivière me berce. Un verre de rosé glacé et ce serait le paradis ! Après un regard furtif en direction de mes ouailles pour vérifier que leur cabane ne leur tombe pas sur la tête,  je m'assoupis de longues minutes… 
Au réveil de ma sieste, je suis toujours seule. Parfait ! J'ai ENFIN le temps de m'épiler les jambes et il y a du boulot ! Je me lance à l'assaut de mes mollets hirsutes comme un jardinier défricherait son champ. Mais en levant un instant les yeux, je suis aussitôt éblouie par la beauté de cette montagne. Mince alors, c'est quand même sacrément beau ! J'aperçois alors un petit point jaune flou qui descend le chemin à toute vitesse : c'est mon Reno ! Vite, je vais chercher les enfants : " Venez voir, Papa arrive ! "

Delphée et Mahé :
Enfin on peut partir à l'aventure ! 
Plus de parents sur le dos, ni de "fait pas ci, fait pas ça" qui commençait à nous ennuyer !

On partage équitablement nos affaires de survie entre 2 sacs qu'on porte sur le dos pendant toute la marche. Une fois que les parents sont partis, on installe notre campement à l'abri du vent sur des rochers plats. Dommage que personne de nous deux n'ait pensé à amener l' Ipad ! On a tout prévu pour le pique-nique : les petits bols et les couverts, une tomate, des sandwichs avec de la salade et du fromage, deux pommes bien rouges et des chips. Pas de chance, Mahé a pensé au cahier de dessin mais pas aux feutres !


Plus de travail du CNED, on ne dépend de personne et on peut enfin faire nos sandwichs tout seuls.
On fait même la vaisselle dans la rivière et là on voit un gars qui se baigne (l'eau est super froide, on ne sait pas comment il fait). On joue beaucoup dans le nature mais au bout de 2 heures, on est bien contents de voir revenir papa et maman !

Renaud :
Moi, je ne veux plus m'occuper du bricolage, de la vaisselle ou de la conduite. 
Ne plus être responsable de la sécurité du groupe, du meilleur trajet ou de la bonne maintenance du blog. 
Je veux être libre et seul avec la beauté de la cordillère.
Alors je réalise mon reve de m'approcher au plus près du mythique Fitz Roy, 3405 mètres, en atteignant le pied du glacier.
Après, seuls les alpinistes (ici on dit les andinistes) peuvent poursuivre.


J'y accède par le sentier du lago de los Tres, 24 km aller retour, en moins de 6 heures s'il vous plait, pas mal pour un mec de 42 ans, avec une dernier raidillon de 400 m d'un trait avant d'arriver au glacier.
Je n'emporte que la caméra et une polaire, m'approvisionnant en eau le long des torrents.
Léger, ne pas s'encombrer, aller vite.



Les Argentins ont eu l'élégance de nommer les plus hauts sommets de la Patagonie du sud avec les noms d'illustres explorateurs, souvent européens. 

Fitz Roy est le nom du Capitaine du Beagle, qui a guidé Darwin lors de la remontée du Rio Santa Cruz pour explorer ces zones inconnues alors. 

Les autres aiguilles portent des noms de Français comme l'alpiniste Poinceneau, les aviateurs Mermoz, Guillaumet ou Saint Exupéry.

Grâce aux conseils de Eugenio, notre couch à Comodoro, je contourne le lac par la gauche et m'avance jusqu'à la cascade qui tombe en contrebas dévoilant le lac Sucia et l'aiguille de Saint Expupéry, c'est merveilleux, je suis seul, j'hurle dans le vide et me sens en connexion totale avec ce qui m'entoure.

Voilà, c'est fait, je suis rassasié, je vois au fond de la vallée la rivière ou j'ai laissé ma chérie et mes enfants : ils me manquent ! Vite courrons les rejoindre !

Comme quoi un peu de solitude fait du bien !
Nous voilà ressoudés pour repartir en famille sur la route...

dimanche 9 mars 2014

Les glaces del Calafate


Le 27 février nous arrivons à El Calafate par les Ruta 7, 5, 40 et 11 pour ceux qui nous suivent sur la carte.
Nous sommes surpris de découvrir une ville charmante même si très touristique où nous refaisons les divers approvisionnements.
Nous retrouvons la couleur turquoise des eaux du Rio Santa Cruz que nous avions croisé à l'aller sur la côte Atlantique.
Le principal attrait du Parc national Los Glaciares est le glacier Perito Moreno de 23 km de long, 4km de large et d'une superficie aussi importante que celle de Buenos Aires. 

Tous ces chiffres de ce glacier classé au patrimoine mondial sont spectaculaires mais pas autant que les vues que nous découvrons


L'émotion que nous vivons est inoubliable, car le glacier est vivant, il bouge !
Craquements lugubres, éboulis qui laissent apparaître des panneaux de glace bleue, icebergs qui dérivent avec le vent sur le Lago Argentina, tout est exceptionnel. Nous sommes hypnotisés par cette force, excités par la moindre chute de glace, à gauche, à droite, au milieu. C'est à qui prédira le prochain éboulement. Vidéo !!!


L'heure avance, le froid arrive, les cars de touristes se retirent et nous ne sommes plus que quelques familles sur le site. Avec le coucher de soleil les lumières deviennent de plus en plus captivantes et nous ne voulons plus partir.



Il le faut bien pourtant, le parc ferme à 21 heures, on n'a malheureusement plus de droit de dormir sur place et surtout le bivouac du Lago Roca est à 60 km, dont 18 km de la piste 15 que nous découvrons en tôle ondulée, et qui devient un enfer une fois la nuit tombée. 

C'est le prix à payer pour ce coucher de soleil unique qui nous illumine encore, même les yeux fermés dans le lit.

Le lendemain dernier jour de février, envoutés par toutes ces glaces, nous allons au glaciorum. Plutôt que de visiter le musée nous allons directement au bar (ou glacio-rhum).  

Nous allons déguster un apéro par -10 degrés dans un bar construit tout en glace, murs, tables, chaises et verres compris ! 

C'est formule "open bar" pendant 25 minutes.

De quoi nous réchauffer ! 

A notre arrivée dans les sous-sols, on nous remet une longue cape et des moufles argentés conçus dans un matériau spécial. 


On a tous l'air un peu ridicule mais Delphée et Mahé sont survoltés !

Nous sommes dimanche et il est midi mais qu'importe !

Dans les lumières fluos du bar souterrain, le temps semble s'arrêter et nous nous trémoussons sur des tubes de Lady Gaga, le verre à la main. 

Les enfants adorent, c'est bien la première fois qu'ils se retrouvent dans un bar avec leurs parents ! 
Rassurez-vous les grand-parents, les verres des petits chéris ne contenaient que du pepsi !